Docteur, dites moi comment avoir un cancer…

Je vous invite en préambule à lire complètement cet article.

Il parle d’un petit buzz de Cash Investigation que j’avais entre-aperçu entre deux publications facebook, qui évoque le fait que 97% des aliments contiennent des résidus de pesticide.

L’article de Libération reprend l’étude, datant de 2013, et ressors les chiffres, mais bien lus : les 97% correspondent aux denrées dont la concentration en pesticide était inférieure aux normes européenne. Donc ce qu’il faut lire, c’est qu’il y a 3% d’aliments au-dessus de ces seuils.
En creusant l’article plus loin, ils affirment que l’étude ne détectait des résidus que dans 50% des aliments. Pas 97%.
On a donc 50% de denrées sans résidus détectables, 47% en-dessous des seuils, et 3% au-dessus. Bon, c’est plus clair maintenant.

 

Finalement ils sont empoisonnés nos aliments ou pas ?

Mais je vais me faire le plaisir de commenter ça. Qui a tord ou a raison ?

Cash Investigation, je ne m’étendrai pas sur leur publication. C’est pas du journalisme ça, c’est à se demander s’ils ont lu l’étude, avant de trouver un gros titre. A part générer des peurs irrationnels chez les gens, ça n’a aucun intérêt. Ah si, ça fait vendre (ben oui avec un titre comme « tous nos aliments sont empoisonnés », la plupart des gens seront curieux).
Journaliste incompétent ou journal orienté sensationnel plus que sérieux, peu importe la cause, quand vous tomber sur un papier qui est dans la dénonciation pure sans analyse, méfiez-vous.

L’article de Libération est intéressant. Ils offrent une bonne lecture de l’étude, mais par contre, ils n’interprète pas du tout les résultats.
Ok, il y a des pesticides dans les aliments. Bon, pas tous, mais les 50% correspondent à des denrées où les pesticides n’ont pas été détectés. Les petits malins diront vite qu’il y a quand même des pesticides, mais qu’on ne sait pas les voir.
Et puis au final, les 97% qui affolent tant, ils correspondent à un seuil de normes fixées par l’Europe. Et la plupart des gens sont aujourd’hui septiques sur l’établissement de ces normes (à juste titre, elles sont souvent arbitraires, par choix délibéré, économique par exemple, ou par manque de données).

 

« Rien n’est toxique, tout est toxique, tout est question de dose »

Tout d’abord, il convient de définir ce qui est toxique.
Le proverbe à retenir, c’est « Rien n’est toxique, tout est toxique, tout est question de dose ».
Et c’est bien vrai. Une infime quantité d’arsenic tue, par contre pour vous intoxiquer à l’eau, faudrait en boire 20L dans une journée (ce qui est mécaniquement impossible, y’a pas la place).
En plus, il n’y a pas que la dose qui compte, mais le temps d’exposition. Traverser une friche industrielle pleine d’amiante ne vous donnera pas un cancer instantané, mais l’ouvrier qui travaillait avec toute sa vie, il a un risque lui.

Ce qu’il faut retenir, c’est la notion de « dose sans effet », de « dose toxique », et de « dose létal ». Il y a un seuil en dessous duquel les individus ne développent aucun signe visible : c’est la dose sans effet. Elle sert souvent pour établir les seuils fixés par les institutions : vous prenez la dose sans effet, vous la divisiez par 100, et vous avez un joli seuil à ne pas dépasser garantissant la sécurité des consommateurs. Petit hic, faut connaitre la dose sans effet (et être sûr de l’étude et de l’organisme qui l’a mené).
Ensuite, la dose toxique correspond à un seuil ou apparaissent des symptômes d’intoxication.
Enfin, on peut définir une dose létale, souvent associé à un pourcentage (ce qui définit un intervalle : un minimum ou les individus commencent à mourir, et un maximum ou tout le monde meurt).

Ce qui caractérise une substance toxique, c’est qu’on va la retrouver dans notre environnements avec des doses proches des effets secondaires voir létales.
Donc autant vous dire que le pesticide pas détectable dans un aliment a vraiment peu de chance de vous empoisonner. Votre corps le traitera comme les autres toxines qu’il ingère ou qu’il produit, il va l’éliminer. Ce qui m’amène au dernier point.

Je pense qu’il y a un truc que les gens devraient admettre : c’est que la vie elle-même est un poison.
L’oxygène, premier des poisons, a été responsable très certainement du premier génocide bactérien, avant que les cellules s’en servent pour respirer. Les radicaux libres produits par la respiration dans nos cellules pourraient être un des facteurs responsable du vieillissement (en tous cas, ils sont capables d’altérer l’ADN et de provoquer des mutations dans les cellules).
L’urée, produit de la dégradation des protéines dans notre corps, est aussi un poison toxique (l’ammoniaque). Le corps l’élimine sous forme d’urée et pas d’ammoniaque justement pour diminuer la toxicité de ces résidus. Les reins passent d’ailleurs leur temps à éliminer tous ces déchets toxiques que le corps produit.

 

Votre corps passe son temps à produire et éliminer des poisons, c’est que la nature est bien faite, dites-moi !

Par contre, pour ce qui est des intoxications à long terme, en prenant des doses infimes de pesticides tous les jours dans l’alimentation, là on peut craindre quelque chose.
Et c’est là qu’on a un sérieux problèmes. Quand bien même on puisse montrer une augmentation des maladies type cancers ou autre, quand il s’agit de le relier à UNE cause, bien prétentieux celui qui s’avancera là-dedans.Puisque ces intoxications peuvent se faire sur des dizaines d’années, il faudra attendre encore plus longtemps pour avoir le recul nécessaire pour interpréter ça avec sérieux. Tout ce qu’on peut affirmer aujourd’hui, ce sont des hypothèses, sur des facteurs de risque.
Et il semble évident que trouver des résidus de pesticides dans plus de 50% de notre alimentation, quelque soit les seuils, ce n’est pas de bonne augure. Et s’il n’y avait que ça, je ne craindrai pas grand chose, mais ce n’est que l’un des nombreux polluants qu’on bouffe régulièrement.

850894-pesticides.jpg

 

Dans l’attente, ce que j’aime à dire, personnellement, c’est qu’il ne faut pas avoir peur de tout, mais rester vigilant. Il faut se méfier des trucs qu’on ajoute pour corriger des problèmes, surtout quand c’est une question d’économie. Des pesticides pour traiter des parasites ou des antibiotiques pour prévenir les maladies d’élevage ? Et si on laissait tout ça comme avant, et tant pis pour la rentabilité ?

 

 

Docteur, dites moi comment avoir un cancer…

Si vous voulez un avis éclairé, voici une conférence pour aller plus loin. Il s’agit d’un cancérologue qui explique quels sont les vrais facteurs de risque dans nos aliments. Il remet quelques fausses idées en place, et donne quelques conseils alimentaires.
Pour tous les amateurs de polémique autours de l’alimentation et de la santé, voici LA conférence qu’il vous faut. Bon visionnage !
https://www.youtube.com/watch?v=zVMruZWFiZg

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s