Manuel pour déconditionner un antifa – ou comment les gens apprennent à s’écouter

« Les fascistes de demain s’appelleront eux-mêmes anti-fasciste »

Cette phrase a une origine obscure… Elle reste néanmoins vraie et représente un trait de caractère facile à identifier : « si tu n’es pas d’accord avec moi, c’est donc que tu es contre moi… »
C’est l’intention qui motive une pensée fasciste. Or, ces derniers temps, des groupes auto proclamés, anti-fascistes procédaient à l’exclusion de la pensée qu’ils considèrent comme mauvaise selon leurs critères.
Je sais pas vous, mais moi j’trouve ça fasciste !

En fait, peu importe les titres et les étiquettes, pourvu que l’on cherche à se comprendre avant de vouloir avoir raison.

Il ne faut pas avoir peur des quoi, 10.. 15% de la population qui vont réellement déconner ? Les trolls, les haters, les rageux… même s’ils s’expriment publiquement et disent des choses horribles, bah… je ne donne pas chère de leur réputation. Sur internet, la réponse de la communauté est sans appel 😉

Dans les commentaires sous la vidéo de Franck Brusset (Terrene Trash), sur le sujet de Finkielkraut à une soirée de NuitDebout mi-2016, et plus précisément des antifas qui l’ont viré, vous pourrez trouver la conversation suivante ! Comme quoi souvent la politique se fait là…

« C’est clair que si les révolutionnaires sont plus bêtes et méchants que finkelkraut, la révolution va pas vraiment briller français, françaises, ne venez pas me dire que c’est difficile d’être plus malins que Finkelkraut. montrez vous intellectuellement supérieur ! c’est pas compliqué : il n’a pu répondre que « gnagnagna connasse » du haut de sa nouvelle philosophie. au final, on a toujours un problèmes de minorités, c’est une poignée de politiciens qui vous mettent dans la merde mais c’est une poignée d’antifa qui vont vous y laisser collé. »

 

Je ne m’égare pas sur ce sujet.

Une conversation amusante s’en est suivie :
(c’est un peu long, mais ça vaut le coup, je trouve que le type de l’UPR (jus d’orange) étudie le comportement des gens avec un certain pragmatisme… il applique le canon de Morgan, sur des humains, sans probablement savoir de quoi il s’agit ! J’adore)
(je donne mon avis sur la forme de la conversation en fin d’article, mais par ailleurs, je vous invite particulièrement à lire la dernière réplique du « jus d’orange », le fameux manuel pour déconditionner un antifa qui lui a été réclamé : c’est du lourd^^)

 

schwarzy_tusors carré

 

Cédric L

+Dylan Vellut : Non une bonne partie des français aiment bien se complaire dans la merde, il y fait chaud… pas besoin des anti-fa pour les y coller. J’ai beau discuter avec des gens d’horizons diverses de ce qu’il se passe, tout le monde prend ça à la rigolade et encore s’ils sont au courant de l’existence de ce mouvement! Par contre derrière ça se plaint sans arrêt du chômage… Les révolutionnaires ont 100 longueurs d’avance sur la grosse majorité des français complètement dépolitisés, le problème vient de là. Alors on va polémiquer 106 ans sur le petit lynchage de Finkelkraut alors qu’il faudrait foutre un paquet d’enfoirés en taule et renverser le gouvernement.

 

 

 

+Franck Brusset – Terrene Trash : Ouais tes abonnées ne sont plus à convaincre 😉

+Jus d’Orange : Oui tu as raison sur toute la ligne ! Je n’insisterais plus.

Jus d’Orange

+Cédric L : Les deux phrases les plus rares de tout débat internet. Ça fait tout drôle… Bien à toi

 

J’adore cette réplique… j’adore voir des anonymes inconnus coopérer sur des débats aussi complexe. On y arrive…
Et le bonus :

 

Sam R. Lapütti

+Jus d’Orange : Si t’es chaud à nous pondre un mode d’emplois pour dé-conditionner un antifa, je suis preneur ! Celui que tu as écrit plus haut expliquant comment argumenter face à un mec lambda « de gauche » était très bon et très utile.

 

Jus d’Orange

+Sam R. Lapütti : Pour l’antifa c’est franchement compliqué. Je ne peux pas dire que je connaisse bien le milieu. Tout ce qui va suivre dans ce commentaire est issu de ce que j’ai pu observer lors de mes rares rencontres avec un antifa, et la lecture des quelques sites antifas. Vous accepterez donc que je fasse des généralités afin de dégager une figure d’antifa-type.

L’antifa est particulièrement difficile à convaincre pour trois raisons.
La première est qu’il est méfiant ( les fachos veulent ma peau). S’il ne vous connaît pas, et si vous commencez à soutenir des idées qu’il range dans la catégorie méchant, alors vous devenez à ses yeux un ennemi et tout ce que vous direz lui sera inaudible, car il supposera que vous êtes méchant, ou au mieux manipulés par des méchants ( les fascistes en l’occurrence).
La seconde est que son militantisme et son réseau social, sa vie quotidienne, se confonde. Changer d’avis, c’est aussi changer de vie. Il risque donc de bloquer s’il s’aperçoit qu’être convaincu par vous aura de lourdes conséquences comme perdre ses amis par exemple.
La troisième ne concerne que les antifa particulièrement actifs. Si l’antifa a déjà utilisé la violence, et si par la suite il est convaincu d’avoir fauté. Alors il devra faire face à son propre miroir, jeter un regard sur toutes ses actions passées, et se sentir coupable. L’antifa risque de préférer ignorer vos arguments afin d’éviter de se sentir coupable.

 

Si nous résumons les trois raisons qui rendent l’antifa difficile à convaincre, on s’aperçoit que cela peut concerner tout groupe au comportement plus ou moins sectaire : délire de persécution (tout ce qui est extérieur au groupe est suspect, corrompu) ; interpénétration entre vie quotidienne et idéologie (qui est une conséquence du délire de persécution, puisque si le monde est corrompu, mieux vaut rester dans l’entre-soi) ; remise en cause morale douloureuse si on change d’avis.
À ce stade là de la réflexion, j’étais précédemment arrivé à la conclusion qu’essayer de convaincre un antifa et assimilés, était une opération dont le coût était trop élevé pour des bénéfices bien maigres. S’il s’agit de ne convaincre qu’une seule personne, il vaut mieux se concentrer sur des arguments pouvant convaincre ceux appartenant à l’écrasante majorité de la population en soulignant le fait que sortir de l’UE est dans leur intérêt (je renvoie à mon précédent comm). C’est par ailleurs beaucoup plus facile avec les électeurs de droite, qui sont de toutes façon accusés de xénophobie H24, ils sont insensibles à l’accusation désormais.

 

Mais puisque je cherche à répondre à une question sur les antifas, alors essayons. On peut considérer deux objectifs :
1) Convaincre l’antifa (ou auditoire tiers) qu’il ne devrait pas supprimer votre droit à liberté d’expression (cas d’espèce Nuit debout).
2) Convaincre l’antifa (ou auditoire tiers) qu’il faut sortir de l’UE.
Vous remarquerez que j’ai également signalé la présence d’un auditoire tiers. En effet, une interaction avec un antifa se fait généralement avec la présence d’un auditoire tiers. Ce peut être quelques personnes, une foule, un public, des internautes (par exemple dans le cas des commentaires YouTube). Il faut garder à l’esprit qu’il vaut mieux cibler l’auditoire tiers que votre contradicteur, car l’auditoire tiers est en plus grand nombre, tout simplement. Le bénéfice est plus grand si vous obtenez l’adhésion de l’auditoire tiers. D’ailleurs certains le comprennent bien. Si vous vous demandiez pourquoi certains sont prompts à catégoriser l’adversaire (bobo, facho, etc..) plutôt qu’à raisonner sur la nature vraie\fausse, juste\injuste, bon\mal, de l’argument, ce n’est pas pour vous convaincre vous (puisque tout le monde sait que c’est inefficace ainsi) mais bien pour convaincre l’auditoire tiers que si jamais il rejoignait vos positions, il subirait lui-même la catégorisation infamante.
Prenons maintenant les deux situations évoquées ci-dessus.
1) Ici il s’agit simplement de souligner la contradiction évidente entre antifascisme et suppression du droit à la liberté d’expression. Terrrene trash le fait, d’autres le font. Je ne vois pas quoi ajouter là-dessus tant l’hypocrisie des antifascistes est évidente sur ce point. S’ils utilisent ensuite toute une panoplie de sophismes pour justifier cela, il vous suffit simplement de dire calmement que c’est du charabia, et que la contradiction n’est toujours pas levée. Ici l’auditoire tiers sera généralement acquis à votre cause ( d’où le fait que beaucoup en ont plus que marre des antifas cf la vidéo sous laquelle nous commentons). Donc sur ce point les antifas ne peuvent que perdre tant leur position est intenable.
2) Pour convaincre l’antifa qu’il faut sortir de l’UE, c’est la croix et la bannière. Tout dépend comment la conversation s’engage. Généralement un militant d’extrême-gauche sera hostile à toute référence à la Nation, y compris les termes « peuple français, » ou même « français, » sont à proscrire car crypto-fascistes. De ce point de vue, il convient de privilégier les références aux peuples grecs, espagnols, ou portugais, et jouer sur leur xénophilie infantile. Une phrase efficace par exemple : « les suicides en Grèce ont considérablement augmenté suite à la crise, qui ne peut se résorber qu’avec l’explosion de l’UE. Combien de Grecs doivent crever pour satisfaire votre rêve européen ? » C’est agressif et un peu sale, mais ce n’est pas faux et c’est efficace. Si vous précédez cette phrase d’un raisonnement économique qui consiste à lier les politiques récessives à notre appartenance à l’UE, alors l’auditoire tiers vous est acquis, et l’antifa en sera réduit à pratiquer le sophisme par association : « Tu parles comme le FN, Pétain, Hitler etc… » Dans ce cas trois arguments me semblent efficaces : la quasi-totalité des pays du monde ne sont pas dans une union-suprantionale, sont-ils tous gouvernés par l’extrême-droite ? ; la décolonisation a consisté en l’affirmation des Etats-nations face aux empires, était-ce un processus fascisant ? ; toute l’histoire de France s’est faite en dehors d’une union supranationale, était-elle gouverné par l’extrême-droite durant toute son histoire (argument le moins efficace puisque l’antifa risque de vous dire oui) ?. Suite à cela, normalement, l’auditoire tiers adhère à vos positions. Pour ce qui est de convaincre l’antifa lui-même je n’ai pas mieux.
Mais encore une fois, les antifas constituent un très faible pourcentage de la population, peut-être mieux vaut-il se concentrer sur l’auditoire tiers.

 

Il ne faut pas se méprendre : les opinions évoquées ici n’engage que leurs auteurs (et moi qui traîne sur ces canaux^^). Sortir de l’UE, tout ça tout ça… c’était très intéressant mais je vais pas me pencher sur ça, personnellement ! 😀

J’adore ce genre de conversation.

La forme du débat était, je trouve, très constructive : très à l’écoute des propos et des arguments des différents acteurs.
Même si l’un d’entre eux apporte manifestement plus d’arguments qu’il n’en reçoit, la manière qu’il a d’amener ses propos fait qu’il reste compréhensible, on suit son raisonnement : c’est de la pure rhétorique. Cette conversation ressemble un peu au livre de Platon (Gorgias), avec un apprenti et un maître qui lui apprend grosso-modo à… parler !

Tant qu’on reste dans le débat d’idée et qu’on évite les amalgames, ils peuvent parler de tout (bombe atomique, pandémie, politique, religion,…) sans s’énerver. Ils ont d’ailleurs très vite mis ces choses là de côté (évocation des sophismes, et autres blabla techniques assez précis) pour concentrer le débat dans une démarche scientifique :
création d’un modèle (X personnes qui parlent, comment peuvent elles se convaincre si elles ont des opinions divergentes sur tel ou tel sujet)
hypothèse à démontrer (convaincre un gaucho puis un antifa d’abandonner les étiquettes sectaires)
protocole expérimental (l’algorithme de questions/réponses… il va vite sur la facilité des gens à se convaincre sur une ou deux réplique mais c’est un parti-pris, il ne prend pas le temps de développer, ça prendrait des pages).
interprétation/conclusion (le résultat de son expérimentation personnelle ne valide pas l’hypothèse : pas possible d’arriver au résultat escompté… mais c’est une conclusion par défaut : c’est pas parce qu’il n’a pas réussi, que c’est pas possible…)

Manque plus que l’intention, ce pourquoi tu veux convaincre quelqu’un de changer d’opinion, dans le cas présent, pour parfaire une réplique construite et argumentée.

Comme disait Benjamin Bayart dans sa conférence Internet et ses enjeux, internet est réellement en train de former une génération entière de politiciens : ils apprennent à débattre, en publique, en s’écoutant.

Le monde de demain va vraiment devenir intéressant…

Si t’es arrivé jusque là, enjoy 😀

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s