Journal de Madagascar, juillet 2010

Voici l’extrait de mon stage dans l’hémisphère sud, réalisé avec Tina, une amie de ma promo dont la famille venait de Madagascar.
L’objet du stage était de réaliser une étude parasitologique d’une espèce de lémurien, dans un parc du sud-est de l’île.
Je vais vous raconter jour après jour comment j’ai vécu ce voyage de trois semaines.

Mercredi 7 – Départ de France

Après un départ sans accroche malgré quelques larmes de maman, on monte dans l’avion bleu qui va nous emmener à 10000km de chez nous…

Un seul truc à relever sur la zone de transit internationale : c’est hyper cher !! Et ce malgré que ce soit détaxé !

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Et c’est parti pour 10000km dans l’avion bleu !

Un petit film dans l’avion sur mon ordi, puis un film passé pour les passagers (Adèle Blanc-Sec, un vrai navet), pour enfin tenter de dormir vers 3h…

A noter un beau fou rire sur l’une des stations que l’on pouvait écouter : c’était des musiques pour enfants bien merdiques… Avec Tina, on a l’avantage de rigoler pour un rien : c’est un peu la bonne humeur incarnée, cette fille.

Jeudi 8 – Arrivée à Madagascar et première journée à Antananarivo !

Réveil peu agréable par des coups de coude de ma voisine (pas Tina, l’autre), enchainant sur le défilé des gens aux chiottes (devant nous, naturellement), à 5h du mat. Le réveil a été un peu rude, et la nuit un peu courte…

Le petit déjeuner à usage unique a fait du bien (surtout le jus d’orange), puis on s’apprête à atterrir sur l’une des îles des Comores : c’est là que j’ai pu voir la mer allant du bleu marine au turquoise… impressionnant.

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Un fleuve sous la mer, hééééé oui.

Il restait 1h de vol, dont la moitié au dessus de Madagascar : l’arrivée sur la côte nous a offert un paysage digne de figurer dans les magasines présentant les plus belles photos aériennes de la planète.

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Arrivée sur la côte malgache.

De même pour le reste du vol au dessus de l’île, qui reste néanmoins assez désertique (tant au niveau végétation que habitations).

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Déjà, Mada, ça commence pas par une jungle luxuriante.

C’est d’ailleurs seulement à l’approche de la capitale, Antananarivo, que nous avons commencé à voir des hameaux ou des villes.

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A l’approche de la capitale..

L’arrivée à l’aéroport s’est bien passé, mais c’est la sortie qui est intéressante : les gens te sautent dessus pour savoir si t’es accompagné, si tu sais ou tu vas, pour te pousser ton chariot, ou simplement si t’as des sous… ils ont tous des allures différentes : le mec en costard, le beauf dédaigneux ou le gamin au regard plein d’intérêt…

Le tonton de Tina nous a accueilli, et m’a permis de passer tout ce beau monde sans encombre (Tina n’a pas été embêté, elle, curieusement). Après un bref récapitulatif du programme de la journée, on va vers le bureau de MICET.

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Une image de la rue, dans la capitale.

On y rencontre Liva, notre contacte, et le DG de MICET. On règle quelques frais à la société qui nous accueille (450€ à nous deux) et direction l’hôtel, ou on mange.

La cousine de Tina arrive ensuite, avec notre chauffeur pour Ranomafana (là ou se situe le centre de recherche). Ils nous emmènent au change : comme y’a pas de banque, il s’agit de gens qui achètent et revendent les monnaies étrangères, se faisant au passage une marge… on a été trimballé dans un « logis », dans une ruelle, un truc plein de gamins et de trous dans les murs, une pièce avec trois lits et une table basse au milieu, et de quoi caler nos jambes entre tout ça : ça faisait très négociation de marchand de drogue, surtout vu la quantité de billets en jeu : 2450€ en 6.615.000 Ariari, ce qui représente un tas de près de 600 billets, soit 20cm d’épaisseur !!

Après quoi on a débloqué le portable de Tina (pour l’équivalent de quelques euros), acheté du crédit, puis on a perdu du temps dans des embouteillages. Faut pas être pressé, une autre notion du temps.

On fait un saut à MICET, où on nous apprend qu’on ne peut plus partir le lendemain, car Eileen (notre maitre de stage) souhaite nous voir avant qu’on parte, pour discuter de notre projet. Du coup, départ reporté potentiellement à samedi ou dimanche.

On rentre à l’hôtel (qui est à 15min à pied de MICET), on se pose deux minutes (après une séance photos dans une baignoire de billets, il fallait essayer…) puis on négocie notre trajet avec la tante de Tina : nous partirons probablement demain ou samedi avec deux gendarmes pour la sécurité, le voyage nous coutant la somme de 298€ (soit 149€ par personne pour 600km allé puis retour soit 1200, et oui faut bien que la voiture revienne).
Dodo après un excellent poulet au fromage (la nourriture de l’hôtel ne nous dépayse pas trop encore !).

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Ça fait bizarre…

Vendredi 9 – Déjeuné chez tante Lucie et route vers Ranomafana

Réveil à 8h avec petit déjeuné offert à l’hôtel par MICET.

Nous avions RDV à 9h avec Eileen, qui évidement est arrivée en retard ! Cette américaine a le style américain, dans toute sa splendeur (rien à voir avec Magda) : elle parle fort, vite, et arrive dans la pièce comme si elle était le centre du monde, tel un boulet de canon, dégageant une énergie assez incroyable ! Mine de rien, on ne peut pas l’ignorer, je ne sais pas si c’est la chef officiellement, mais elle en a l’air, rien qu’en la voyant entrer dans la pièce. Mais elle a pris le temps de discuter avec nous (s’interrompant tout le temps pour aller faire autre chose ou voir quelqu’un d’autre). Elle voulait mettre au point notre séjour : combien de temps, sur quoi on bosse, le matériel dont on aurait besoin (pour bosser et pour camper), etc…

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Un quartier de la capitale…

Suite à cette entrevue, nous pouvions partir pour Ranomafana. Le hic, c’était qu’on ne pouvait entrer sur le centre qu’à partir de lundi, celui-ci étant fermé le WE. Du coup on s’est arrangé : nous partons aujourd’hui, vendredi, cette aprem, on arrive dans la nuit, et on loge chez un membre de la famille à Tina (me demander pas le lien, j’ai renoncé à savoir à chaque fois), puis on rentre sur le centre dimanche soir, quand Eileen arrive.

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L’hôtel. Neaucoup plus que je ne l’espérais.

Ensuite, nous avons été invité à manger chez une des tantes de Tina (côté paternel, elles sont 11…). C’était une grande maison dans un quartier plutôt riche du nord de la ville, et on a eu le droit à un copieux repas typiquement malgache : poisson frit avec salade et tomate, poulet et porc servi avec du riz (dit malgache car pas blanc, il était légèrement rosé, c’est le riz des classes moyennes), le riz se mange dans un bouillon. On ajoute du choux malgache pour la digestion, et en boisson, de l’eau orangé (du jus d’orange pressée dans de l’eau : à refaire à la maison, c’est mieux que le sirop !) et de l’eau de riz : c’est littéralement l’eau de cuisson du riz, servie chaude. D’habitude, ils aiment ça au petit déjeuné. Ça a un gout de cramé, ce n’est pas exceptionnel… Et le dessert, c’était du yaourt sucré dans lequel avaient été découpés un tas de fruits : bananes, fraises, oranges : c’était vraiment excellent !

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La différence parle d’elle-même.

A la fin de ce repas, le départ pour Ranomafana était prévu. On est donc rentré à l’hôtel pour charger la voiture et partir avec les deux gendarmes, Sylvain et « Emana »
(NB : pour tous les mots, la dernière voyelle ne se prononce pas. Donc Tina se prononce « Tine »)

La première partie des 8h de route prévu a été l’occasion d’une bonne sieste. J’ai pu admirer l’évolution du paysage, semi montagneux au-départ, avec cette terre d’un rouge éclatant. La végétation n’est pas dense, c’est plutôt une espèce de savane, avec des bosquets denses éparts.

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Et des rizières. Partout.

Il y a par contre un monde fou sur la route : à pied, à vélo, ou le long de la route en train de bricoler on ne sait trop quoi…

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Nos chauffeurs n’ont pas roulé spécialement vite, on se faisait régulièrement dépassé. Certains véhiculent avaient autant en volume sur le toit que le véhicule lui même.
La route elle même était plutôt en bon état, goudronnée.

Et la nuit est tombée, elle tombe très tôt, aussi bas dans le sud : vers 17h il commence à faire nuit.

On arrive dans une ville où on nous avait recommandé un resto qui nous éviterait la tourista. Celui-ci était encore deux fois moins cher qu’à l’hôtel : j’ai mangé pour 7000 Ariari, soit environ 2€50 ! Et c’est le plus cher de la ville, les deux chauffeurs/gendarmes nous ont planté pour aller manger à côté pour 2000 Ariari, sans trop nous laisser le temps de dire ouf…

On reprend ensuite la route, de nuit. Une grosse partie du trajet s’est faite en dormant, mais les quelques moments de réveil m’ont permis de constater que le trajet a passablement été rallongé ! Nos deux chauffeurs se sont visiblement perdus à une 50aines de kilomètre de la ville (j’ai vu un panneau indiquant le parc à 30km à 2h du mat, et on est arrivé à 6H…).

Il faut dire qu’ils ne roulaient vraiment pas vite, 30km/h tout au plus… Par contre, deux poses m’ont permis d’apprécier un ciel étoilé, mais comme j’en ai jamais vu… Oubliez tout ce que vous connaissez, à moins d’avoir été une fois dans un endroit sans lumière artificielle à plusieurs centaines de km à la ronde (c’est-à-dire peu d’endroit sur terre, et la haute mer !). C’était comme si on avait renversé le sol, et qu’on l’avait mis au plafond : tout ce qu’il y avait sous l’horizon était éclairé par une espèce de voute de lumière… de plus, moi qui ait fait de l’astronomie, je perdais tous mes repères : c’était mon premier voyage dans l’hémisphère sud. Pour le coup, bien au sud !

Nous sommes arrivés donc à 6h à l’hôtel d’une autre tante de Tina. On nous a placé dans une chambre familiale (un lit double et un simple), avec toilette et douche perso. C’est visiblement luxueux, or il semblerait qu’elle nous loge gratuitement ! Il est convenu qu’on paie quand même quelque chose…

Après le meurtre de deux moustiques, et la fermeture de toutes les fenêtres, on s’écroule sur les lits, sous des moustiquaires…

Samedi 10 – Première journée à Ranomafana

Réveillé à 14h30, j’ai attendu 16h que Tina se réveille à son tour. Après un rapide grignotage, nons allons à la rencontre de la tante de Tina, qu’elle n’a en fait jamais vue. On se lance ensuite dans la visite de la ville, qui n’est pas bien grande…

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La voilà, la jungle. Arrivé de nuit, ça fait une belle surprise, au matin.

Le climat n’a rien à voir ici avec la capitale : il fait très lourd, même s’il ne fait pas beaucoup plus chaud, mais l’air est bien plus humide… Et la végétation est complètement différente : beaucoup plus vert, partout. J’ai enfin pu voir « l’arbre du voyageur », ou « Ravenala » en malgache. C’est l’un des deux symboles de Madagascar, l’autre étant le lémurien.

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L’arbre du voyageur.

A noter aussi la présence des insectes. Ça vole de partout ! Rien de bien méchant cela-dit, et je tue quelques moustiques dans notre chambre, bien que je ne sache pas encore par où ils peuvent rentrer… probablement un peu partout.

La traversé du village fut intéressante : j’ai enfin pu approcher d’un marché. Je suis pas mal dévisagé, y’a même des enfants qui s’exclament « Vasas » (« blanc étranger ») quand ils me voient. Je ne suis pas le seul blanc sur le village, on a croisé une famille et un autre groupe, visiblement là pour le parc.

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Le village n’était que sur un côté de la rive…

J’ai aussi fait un petit achat : 5 bananes pour 400 Ariari, soit environ 15 centimes…

La connexion internet du village, la seule qui soit prévue pour les 20 jours à venir, est, par contre, particulièrement mauvaise. Impossible de mettre des photos sur Facebook, et rien que lire et envoyer des mails prend beaucoup de temps… ça va être compliqué de communiquer avec les autres en France ! Ou même de rechercher des infos sur le net (comme des protocoles d’étude pour notre travail).

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La salle informatique.

En rentrant, on a commencé nos exercices quotidiens, afin de perdre du ventre et de muscler un peu abdos et pectoraux. On a ensuite mangé au resto de l’hôtel, et j’ai pu voir là le plus gros papillon que j’ai jamais vu de ma vie ! Je l’avais aperçu en rentrant, j’ai cru que c’était une décoration… et quand on nous l’a montré comme simple papillon de nuit, là j’ai halluciné !!

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Oui, il est plutôt balaise, lui.

Enfin, on a attendu de trouver le sommeil en jouant aux cartes : tip tap top (ou speed) et bataille corse. J’ai quand même mis du temps à m’endormir, vu l’heure à laquelle on s’est réveillé…

Dimanche 11 – Visite du village

Nous nous sommes levé pour 8h, ce qui arrangeait nos hôtes, qui allaient à la messe après. Du coup on s’est recouché après le petit déjeuné ! Tina s’est ensuite relevée à 10h30 pour aller se faire coiffer au village. On a déjeuné quand elle revenue.

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Des bergers et leurs zébus

On a ensuite entrepris de voir le village voisin. Celui-ci est minuscule : on l’a traversé en 5min ! Et il est beaucoup moins touristique que Ranomafana, il ne doit pas avoir l’habitude d’accueillir des « Vasas », il n’y a presque pas de boutiques.

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Encore un village.

C’est à la sortie de celui-ci qu’on s’est fait aborder par une malgache qui devait avoir mon âge, et qui nous a suivis jusque notre retour à Ranomafana, collée à Tina. Elle lui parlait et lui demandait des trucs, mais ni Tina ni moi ne comprenions un mot, et visiblement, elle voulait du fric, en échange de n’importe quoi. Elle a fait un bout de route en tenant Tina par la main, et dès qu’on tentait de s’éloigner, elle ou sa fille courait pour nous rattraper. On a réussi à la semer dans le marché de Ranomafana.

Après quoi j’ai acheté quelques objets pour mon retour, sachant que je n’aurais pas forcement beaucoup d’occasions plus tard. J’ai pu négocier quelques prix, visiblement celui qu’on m’annonçait était facilement deux ou trois fois plus que le prix normal. Mais ça restait abordable, bien moins cher que le même truc vendu en France.

Je pense aussi avoir pris un coup de soleil. Qui a dit qu’il devait pleuvoir ? Apparemment on est arrivé avec le beau temps, aujourd’hui il a bien tapé…

J’ai été un peu marqué par un mec allongé par terre, visiblement mal en point. Tina me disait qu’il était bourré, n’empêche, il n’avait que la peau sur les os. J’ai pris conscience qu’en fait, je n’avais pas trop vu de gens en difficulté depuis mon arrivée. Pauvre certes, mais toujours souriants, en bonne santé. Il semblerait que ce soit surtout la capitale qui concentre pauvreté et famine, et dans les villages, les gens vivent simplement, humblement, et semblent bien se porter. Chacun travaille dans son commerce (riz, briques, boutiques diverses,…) et les gamins courent partout, en riant et en jouant. Bien que ce pays soit pauvre, les gens ont l’air heureux…

Après le repas, nous avons pu approcher le fameux papillon vu hier : le même était présent ce soir, et un groupe de Hongrois a voulu le voir de plus près pour des photos. Du coup ils l’ont descendu de son rideau, et j’ai pu constater qu’il était plutôt amorphe, bien que vivant (ses ailes se sont mises à trembler à un moment, prouvant qu’on ne jouait pas avec un cadavre… mais à part ça, pas trop réactif, le bidule). Tina et moi avons pu faire des photos avec la bête sur nous, ce fut une expérience intéressante. La perspective qu’il ne s’envole pas m’a permis de l’approcher sans trop me chier dessus… du coup je l’ai eu à environ 10cm de mon visage… Une expérience assez géniale !

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Dites bonsoir au Comète de Madagascar !
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« Tu bouges pas, hein… gentil… »

On a immédiatement enchainé avec l’araignée digne des plus belles araignées de garage, en train de tisser sa toile sur un mur à l’extérieur.

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Non, ce n’est pas une pub pour Eau Vive, dites vous que la bestiole est à côté de la bouteille, pour avoir un repère connu pour la mesurer…

Un gars m’a expliqué que le « Comète », ce papillon, est le plus gros de Madagascar. Lui même n’en n’a pas vu beaucoup, et on a beaucoup de chance d’en avoir vu deux ce soir (un deuxième trônait sur un volet dehors). Celui d’hier, qu’on a revu aujourd’hui, reconnaissable à sa queue cassée, vole dans le resto pendant la journée. C’est pour ça qu’il était encore là ce soir.

J’adore discuter avec des gens.

Lundi 12 – Arrivée au centre VALBIO et installation du camps

Ce matin, on s’est levé pour rejoindre le centre VALBIO. Une voiture, qu’on a demandée auprès de l’hôtel, nous attendait déjà. Le trajet était bien court, il n’y a que 6km entre Ranomafana et le centre. Mais à l’arrivée sur place, ça a été un choc : c’est bien plus moderne et beau que tout ce que j’imaginais ! Un labo, au milieu de la jungle. On a retrouvé Eileen, décidément LA femme américaine dynamique par excellence, qui nous a fait visiter le centre et présenté aux gens qui y travaillent.

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Les américains, j’vous jure… ils font pas dans la dentelle !

Le centre est sur trois niveaux. Le premier contient le « laboratoire », petite salle modeste avec quelques tubes à essais, quelques prélèvements… J’attends de voir en détail ce qu’on aura sous la main, mais les microscopes déjà présents devraient normalement pas mal nous occuper pour nos coprologies (miam miam).

Le deuxième niveau contient tous les bureaux : celui d’Eileen, et d’un tas d’autres chercheurs et/ou responsables dans le centre. Celui d’Eileen est à part, la plupart des autres sont dans une seule et même salle.

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Les toilettes les plus luxueuses depuis notre arrivée.

Au troisième et dernier niveau se trouvent le réfectoire, les douches et les toilettes. C’est bien mieux que ce que j’espérais. On a des coffres à disposition pour mettre nos affaires, et on ne laisse aux tentes que le nécessaire pour dormir. Du coup on a installé notre camp (Eileen nous a fait fournir une bâche afin de couvrir les tentes, au cas où il pleuve).

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Le lit, pour deux semaines !

Puis on est redescendu, on a rangé nos affaires dans nos deux casiers chacun (c’est du luxe : il n’y a que 28 casiers, alors quand ils accueillent un groupe important, ça ne laisse qu’un casier par personne pour contenir toutes les affaires). On a enchainé avec notre premier repas sur Valbio.

Il n’y a pas grand monde sur le centre actuellement. Un groupe de recherche de 23 étudiants vient de partir, là il n’en reste que 3, qui travaillent sur une espèce de lémurien nocturne, les Avahis, différente de la nôtre (les Propithecus – Propithèque, ou Sifaka). Il y a un américain, une américaine d’origine africaine qui parle très bien le français, et une malgache qui ne parle pas du tout anglais (mais un peu le français). Du coup ça fait des conversations avec pas mal de langues…

On a donc déjeuné avec Eileen, et les trois autres étudiants chercheurs. La conversation en anglais est assez difficile à suivre pour moi…

Après quoi nous avons rempli les papiers, les formalités administratives pour travailler au centre et sur le parc. Nous avions notre autorisation d’entrer dans le parc, avec possibilité de réaliser des prélèvements et de les rapporter, notre intitulé de recherche, une fiche de renseignements, et le règlement du parc.

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Grand instant réflexion.

On a ensuite commencé à réfléchir à notre mission : étude du parasitisme intestinal des Propithecus, une des espèces de lémurien très rare du parc (espèce menacée). Il y avait quatre groupes il y a 20 ans dans la partie du parc proche du centre, aujourd’hui il n’en reste plus que deux, les autres étant morts ou partis. L’un fait trois individus (le groupe 1), et l’autre deux (le groupe 4), ce qui logiquement va rendre difficile leur localisation et leur observation…

Après, il y a d’autres espèces de lémuriens présentes, avec plus d’individus, et d’autres parties du parc, plus loin, avec plus de Propithecus. Mais aller les observer nécessite de camper là-bas, à cause de la distance de marche.

On a reçu une carte développant tous les sentiers des trois parties du parc de Ranomafana, et sur celle à côté duquel se trouve le centre, nos deux groupes de Propithecus occupe une bonne moitié de la surface.

Le parc représente 43.500ha de forêt humide à flanc de montagne. Les températures basses (Juin-Septembre) vont de 4 à 12°, et les hautes (Décembre-Février) vont de 36 à 40°. L’altitude varie entre 500 et 1500m. On trouve dans le parc 112 espèces d’oiseaux, 6 espèces de « viveride », et 12 espèces de lémuriens, ce qui représente une importante diversité de faune.

Nous avons pu cerner un peu notre sujet pendant l’après-midi, en précisant les conditions d’échantillonnage, les analyses à mener sur nos prélèvements et le matériel qui nous serait nécessaire pour les mener à bien. Il est prévu de visiter le parc le lendemain, nous avons rencontré les deux guides qui nous accompagneront (rien que pour nous).

Vers 17h, quand le jour baisse, tout le monde finit de travailler. Nous avons pu ainsi discuter avec nos « collègues », notamment à l’occasion du repas, où nous étions seuls avec Tim, l’américain (les deux filles étaient encore dans la forêt).

Vers 21h30, on est monté rejoindre la tente.

Mardi 13 – Première visite du parc

Le RDV était donné à 8h avec nos deux guides, donc le réveil fut difficile, à 7h. Le temps d’émerger, de descendre (au moins, il ne faisait pas trop froid et il faisait beau !), de déjeuner un peu, et de préparer notre sac, et on avait 15min de retard.

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En route vers la jungle !

L’entrée du parc est vraiment juste à côté du centre, environ 200m plus haut sur la route. J’ai pu constater qu’il attirait beaucoup de « Vasas », chaque groupe était mené par un guide. Il y avait pas mal de Français. Le parc peut d’ailleurs se diviser en deux parties : une première, pas très grande, autours de l’entrée, avec des sentiers larges et aménagés, des toilettes, des postes d’observations (rappelons qu’on est en montagne), et pas mal de gens qui circulent, en mode touriste… La deuxième partie, plus lointaine mais pas trop (environ 30min de marche) a des chemins plus étroits, moins praticables, avec plus de dénivelé.

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L’entrée du parc de Ranomafana

Notre périple devait se conclure par l’observation des Propithecus, et si on avait la chance d’en voir, on les suivrait le plus longtemps possible, sautant du coup le repas au centre. Et nous avons observé deux petits groupes (moyennant une bonne marche, il a fallu être patient), mais pas de Propithecus : des Common Brown Lemur (Eulemur fulvus) et des Red Lemur (Eulemur rufus). Du coup on s’est fait livré notre repas sur une sorte de cabane proche de l’entrée, où tous les guides viennent manger (eux n’ont que du riz et des légumes, nous nous avions une sorte de crêpe fourrée avec viande, riz et légumes, et des bananes).

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Common Brown Lemur
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Red Lemur

Nous avons prolongé notre recherche l’après-midi, après une petite sieste (j’aime la psychologie malgache). Mais c’est là que l’expérience commença à devenir pénible, surtout pour Tina en fait. Je suis plus habitué aux randonnées, notamment en montagne, mais pas elle : elle s’est vraisemblablement fait une petite élongation à la cheville, et la marche elle même l’a bien crevé.

Moi, tout ce qui m’est arrivé de désagréable, c’est de chopper des sangsues (!) aux niveaux des chevilles, en particulier celle du pied gauche. J’ai en fait eu une petite sensation de piqure à la cheville, et j’ai alors regardé mes chevilles en tirant légèrement la chaussure, pensant trouver une épine, comme j’ai l’habitude avec ce genre de sensations. Première surprise : la chaussette tachée de sang. Et ensuite, un tas de petits vers grouillant dessus (2mm de diamètre pour environ 1cm de long). J’ai voulu les enlever, mais j’ai compris seulement après que c’était des sangsues, en les voyant accrocher à ma chaussette, voir la traversant. J’ai alors soulevé la chaussette, et j’ai alors vu 5-6 vers pratiquement plantés dans ma cheville. Je les ai arraché les uns après les autres ; ça reste accroché aux doigts après, c’est une horreur ! Mais ça s’écrase très bien. J’ai contrôlé le deuxième pied, par sécurité, et j’ai bien fait : j’ai eu la même surprise. Mais elles n’avaient pas eu le temps de traverser la chaussette, celles-là.Néanmoins, une morsure de sangsue n’est pas du tout douloureuse, et ça m’a amusé, après coup. Au moins, je sais ce que ça fait !

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Ah oui, c’est occupé ; je reviendrai plus tard, sinon…

Tina par contre, n’avait pas l’air de s’amuser du tout. Les quelques lémuriens vu le matin n’ont pas suffit, le crapahutage de l’après-midi pour rien, à part deux bestioles juste après le repas, des Golden Bamboo Lemur (Hapalemur aureus). Ça l’a démoralisé, ce que je comprends. La perspective de passer son temps à marcher sur des pentes importantes pour ne rien voir ne l’enchante pas vraiment…

Et effectivement, réaliser des coprologies sur trois échantillons prélevés sur trois jours consécutifs risque d’être difficile si on peut passer une journée à les chercher sans les voir. Et il semblerait qu’ils puissent ne pas se montrer pendant une semaine…
De plus, ce petit périple a révélé un autre problème : difficile de récolter des échantillons de fèces. Les lémuriens défèquent depuis les arbres, et souvent sous nos yeux, comme prévu, mais ce qui atterrit par terre ressemble plus à de la pluie… peu ragoutant, et encore moins ramassable…

De retour au camp, vers 16h30, la douche fut salvatrice (après élimination de la dernière sangsue, qui avait eu le temps de bien gonfler, par contre…). Son écrasement a laissé une tache de mon sang sur le sol…

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La bestiole une fois bien gorgée… ça explose plus facilement, du coup.

Après un repas que je me suis forcer à avaler avec l’eau à l’orange (c’était un gratin de choux…), on a fait une partie de poker avec Tim. Le soir nous laisse pas mal de temps libre, vu qu’on dîne à 18h30. Tim attend toujours le retour des gens du parc qui vérifient les pièges à 21h environ, du coup on reste le soir à jouer aux cartes.

Cette journée me laisse une impression de satisfaction. Le stage se déroule comme je pensais qu’il se déroulerait : des paysages, des plantes et des animaux (insectes compris) nouveaux et intéressants, des gens sympas et d’origines diverses, une ambiance sans stress, de l’exercice physique, et quelques anecdotes marantes… Et ça ne fait même pas une semaine que je suis à Madagascar…

 

La suite du journal, semaine 2, en cliquant ici 😉

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