AVA, pour Aide aux Vieux Animaux : un refuge de paix

 

Je retrouve la  journaliste de 30 Millions d’Amis, Natacha, avec qui je fais le trajet, et nous voilà en route pour le refuge AVA ! Pour Aide au Vieux Animaux, c’est un refuge à 1h30 de Paris, vers la Normandie, géré de manière coopérative avec notamment le vétérinaire comportementaliste Thiery Bedossa.

 

Dès l’arrivée, le changement d’air est total : on perd quelques degrés, la lourdeur de l’atmosphère se fait nettement moins ressentir. Et les odeurs… j’ai été frappé par l’odeur de la campagne. J’y suis familier, mais je commence à perdre cette familiarité, manifestement, puisque je me laisse surprendre. Des odeurs d’arbres, d’animaux, d’épandages, de foins… une richesse que l’on oublie complètement, en ville !

 

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Voici la maison des chats, qui occupent les 3/4 du bâtiment !

Accueilli par un chat borgne, j’ai immédiatement pensé que c’était très représentatif de ce que j’allais voir : des animaux oubliés de notre monde, peu présentables, parfois même laissés pour mort ou mutilés. Quand j’étais bénévole à la SPA, on appelait ce genre d’adoption un sauvetage.

Et bien, les présentations étaient faites : j’allais voir un refuge entier d’animaux sauvés. Donc pas seulement abandonnés, mais sorti du circuit habituel qui les fait passer assez rapidement par la case euthanasie.

 

C’est qu’un refuge coute cher. Nourrir les animaux, entretenir les box, gérer les accidents inévitables dans une collectivité d’animaux… ça demande du personnel et des moyens !

Ce refuge fonctionne avec une vingtaine de personnes (des salariés, des bénévoles, des chercheurs en éthologie…) et grâce à la partie pension, aux dons particulier, et surtout grâce au financement de la clinique vétérinaire parisienne.

C’est grâce à ça que l’option euthanasie par convenance a été totalement exclue, ce qui fait l’essence même du refuge.

 

 

J’ai pu visiter le refuge avec Thierry, profitant en même temps de l’historique du lieu,  et des étapes dans l’installation. Le refuge existe depuis plusieurs dizaines d’années, mais Thierry l’a repris en 2003.
Aujourd’hui, il comporte environ 150 chiens, autant de chats, 70 équidés, une soixantaine de daims, quelques autres herbivores, et des pigeonniers.

 

 

Tout est organisé de façon à créer un espace « augmenté » pour les animaux. Je m’explique.
D’une part, les animaux hébergés : leur espace est segmenté en grand enclos, en fonction des affinités ! Les chiens ont tous un accès à l’extérieur, avec des abris (niches sur pilotis ou annexe de bâtiments) avec parfois des astuces et des combinaisons optimisée et écolo (par exemple, les enclos près du pigeonnier profitent de la chaleur naturelle émise par celui-ci).
Les chats profitent d’un espace protégé avec accès libre sur l’extérieur. Concrètement, des mobiles-homes sont aménagés uniquement pour eux, chauffés, et installé dans des enclos abritant les chats mais leur permettant de sortir à l’extérieur : les enclos protègent les chats de l’extérieur, mais eux-mêmes y ont accès quand ils le souhaitent. De plus, tous les 50m, on trouve installés partout des niches, des points de nourriture, des plateformes en hauteur…

Je crois, mais il ne faut pas le dire (les autres pourraient être jaloux), que les chats sont vraiment les rois ici :p

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Comment chat va bien ?

 

Les herbivores ont un espace considérable au-delà de la ferme, dans les pâtures qui l’entourent. La ferme occupe plus de 60ha.

 

 

Et ensuite, il y a ce que j’appellerai les « résidents naturels » : les rats et les insectes ne sont pas géré comme notre société les gère habituellement (comme dirait un  Dalek : « Extermination ! Extermination ! »).
La nourriture est donc stockée à l’abri dans des containers étanches. Cela représente évidemment plus de travail humain, et donc un coût supérieur que l’utilisation de mort-aux-rats par exemple. Mais voilà comment on respecte une éthique et ce malgré la pression économique.

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Notez le panneau « Attention à ne pas enfermer de chat ! Faire le tour avant de fermer ! ». Et oui, s’enfermer avec la bouffe, quelle bonne idée !

 

 

L’espace est majoritairement occupé par les animaux. Les enclos sont spacieux, et la végétation dense entre les enclos les isolent, ce qui limite le stresse des animaux lié à l’activité sur le site.

 

L’équipe passe du temps avec les animaux. La gestion n’est pas uniquement matérielle, elle est aussi affective.

Les chiens sont appariés en fonction de leur tempérament et sont donc exceptionnellement seul, ce qui correspond mieux à leur condition naturelle. Tous profitent de la présence humaine avec des contacts positifs, et beaucoup arrivent avec des motifs d’abandon comme agressivité et s’améliorent rapidement grâce à l’environnement stimulant et positif qui leur est proposé.

 

Par exemple, Thierry et d’autres chercheurs, éthologues ou éducateurs, expérimentent des techniques d’enrichissement territorial. La présence humaine fait partie intégrante de cet enrichissement, mais pas seulement, l’espace et les objets sont aussi sciemment choisis de façon à garantir le plus de bien-être aux animaux.

 

Les études scientifiques (les vraies, y’en a encore !) montrent qu’un environnement riche, stimulant, permet aux animaux de proposer des comportements qu’ils ne proposeraient pas en dehors, et d’améliorer leur apprentissage. Cela semble évident, mais la question de savoir ce qu’est un environnement riche pour un chien a souvent été déformée.

 

Pour citer un exemple concret, j’ai pu observer la réutilisation des gamelles après usages, laissées aux chiens en guise de jouet. Cet outil, tel que nous l’utilisons pour nous (assiette, couverts) ne représente rien en dehors du repas. Mais l’odeur qui marque cet objet, associé aux repas et à l’un des éléments positifs principal de la journée du chien, constitue un jouet intéressant même en dehors des repas !
Empiriquement, j’ai moi-même pu l’observer sur la courte durée de mon passage ! Les chiens jouent effectivement avec les gamelles et s’occupent, activement, et avec un plaisir non dissimulé.

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La Meute

 

 

Je suppose, ce sera peut-être l’objet d’une étude plus tard, que l’intelligence animal fait un bond en avant à notre contact.
Disons de manière pragmatique qu’un chien dans un milieu naturel a des besoins plus basiques que le chien qui vit en société, qui n’a jamais souffert de la faim. Cette absence de contraintes dans l’environnement des animaux domestiques leur permet d’évoluer et de proposer des comportements qui n’existent pas, ou très peu, dans la nature.

Pour moi, c’est le cas des coopérations inter-espèces souvent observées.
Mais c’est surtout qu’on minimise, je pense, la capacité d’apprentissage des animaux. Les études récentes ont montré des processus cognitifs intéressants dont sont capables les animaux, comme le mimétisme.
Or, avec ces collectivités d’animaux dans lesquelles le bien-être est la priorité, je pense qu’on met les animaux dans des conditions où ils vont faire évoluer leurs goûts et leur tempérament, et on va voir apparaître des nuances.
Ce paragraphe n’a rien de scientifique, c’est l’objet de mon ressenti ! Des études ont montré depuis longtemps que les chiens et les chats avaient un certain goût culinaire, quand on leur propose de la variété. Mais ce n’était pas le discours dominant (je ne dirais pas qu’il était orienté pour la vente de croquette mais… ah non zut je l’ai dis). Je pense que ça peut aller encore plus loin, que ces préférences ne s’appliquent pas que pour le sens du goût.

 

C’est là le plus compliqué : les animaux n’appréhendent pas le monde comme nous. Nous sommes des animaux majoritairement de vue, eux c’est l’odorat qui est le sens dominant.

Essayer d’imaginer comment un chien ou un chat perçoit son environnement, c’est comme demander à un aveugle d’imaginer des couleurs…

 

 

Ce refuge travaille avec beaucoup de chercheurs en éthologie, qui conduisent ce genre d’étude sur l’animal, pour mieux le comprendre (et souvent mieux nous comprendre au passage).

 

Au final, j’ai donc découvert un endroit comme il en existe beaucoup, où l’animal est au centre des attentions, mais j’ai pu apprécier comment l’animal est traitée, comme animal sensible, mais toujours différent de nous. L’harmonie et la sérénité du lieu le matérialise. C’est ce qui fait de ce lieu un lieu atypique.

Il y a même une mesure facile à réaliser qui le montre bien : le volume sonore des aboiements. Testez des refuges qui vous mettent mal à l’aise, et d’autres sympas, notez la différence, vous constaterez que c’est un bon indicateur empirique !

 

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Appréciez la qualité de la pelouse : je vous présente la tondeuse BIO, le daim. Notez qu’elle fertilise en même temps.

 

 

La visite a duré plus de 4h, et je ne l’ai pas vu passer.

Au moment de partir, le chat borgne revient me saluer, et s’incruste dans ma voiture, la trouvant à son goût. Je ne serai pas éthologue, je dirai qu’il cherche à me retenir ! Après 10 minutes de caresses, il finit par se lasser et me libère.

 

Je ne doute pas qu’un jour, assez proche, je viendrai planter ma caméra là-bas. Hors du temps, hors de la société des hommes et tous ces artifices.
Ne t’inquiète pas, le Borgne, je reviendrai !

 

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« Elle est sympa, ta caisse, tu me la laisses ? »

 

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