Comment un scientifique découvre l’hypnose

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Je ne pensais pas pouvoir vivre une expérience de ce type un jour.. J’étais résistant à l’hypnose, voir je tenais pour acquis qu’il s’agissait uniquement d’une technique de manipulation visant à profiter des faiblesses de notre cerveau… tous les tests d’hypnose que j’avais rencontré ne marchaient pas sur moi. En réalité, je n’avais juste jamais vécu une véritable séance, et j’ai pu découvrir que l’hypnose était une expérience quotidienne à laquelle bon nombre de personnes n’était pas sensible.

Ce n’est pas un sujet facile, car il est très subjectif. Chaque personne restitue une part de son expérience, avec sa perception, et son vocabulaire. Il est donc très difficile de décrire correctement tout ce qu’on a vécu, et être compris. Mais à la lecture de cet article, vous réaliserez sûrement que vous êtes déjà concerné.

L’hypnose est une expérience quotidienne que tout le monde a déjà vécue

Pour ma part, c’est une vitre qui a explosé. J’ai ouvert mon cône d’observation. J’ai réalisé d’un coup que j’avais déjà vécu ça, sans m’en rendre compte (et pour ceux qui, comme moi avant, pensaient l’hypnose comme une croyance mystique, vous allez vous en rendre compte rapidement).

L’hypnose est avant tout une histoire de contexte. Il faut le vouloir, être prêt, et préparé. Il s’avère que dans mon cas, paradoxalement, la meilleure façon de me rendre prêt était de me surprendre. Sans que j’ai le temps d’y penser ; ainsi mon esprit n’allait pas avoir le temps de résister. La séance m’a été proposée alors que ce n’était pas du tout l’objet de la visite, je ne m’y attendais pas.

La première étape est une étape de préparation. C’est là que j’ai découvert que l’hypnose n’est pas qu’une technique de prestidigitation pour spectacles à sensation. J’avais été marqué peu de temps avant par un passage en tant que véto sanitaire sur un plateau télé, j’y avais observé de près un hypnotiseur de foules. J’étais décontenancé par l’efficacité de sa technique, c’était autrement plus impressionnant de le voir à quelques mètres qu’à travers l’écran. Et puis j’avais pu attester d’un doute jamais vérifié : il n’y a pas de trucs, avec le public. Oh oui ils présélectionnent leurs candidats, mais pour se faire, ils tentent d’endormir chaque membre du public dans la file d’attente ! Et effectivement, ils ne retiennent que les plus sensibles à l’hypnose. Mais ce ne sont pas des acteurs qui simulent. Et j’ai pu le vérifier d’assez près !

La pré-séance est donc venue s’ajouter à quelques expériences préalables, qui ont ouvert mon esprit à l’idée que je faisais un blocage sur le sujet. Un esprit scientifique se doit de garder l’esprit ouvert à l’idée qu’il est dans l’erreur, en permanence; c’était le moment de me donner une nouvelle expérience, pour m’en convaincre !

Pour bien visualiser la scène, il faut simplement voir ça comme un dialogue, où je suis invité peu à peu à me concentrer sur des mots, des sensations, ou des souvenirs… avec le recul, je comprends comme cette phase est importante : j’ouvre mon esprit à de nouvelles idées, je pose des mots sur des ressentis que je n’avais pas verbalisé. C’est important pour mettre son cerveau dans les conditions cognitives nécessaires à la suite.

Une histoire de sens

Les sens sont notre faiblesse moderne. Concentré sur la vue, nous oublions de nous servir d’autres choses que nos yeux pour décrire le monde. Le toucher, l’odorat, ou même l’ouïe sont des sens négligés par rapport à la vision. La première chose qui débute une séance est donc généralement la fermeture du canal « vue » : on ferme les yeux !

De plus, lors de la séance de préparation, j’ai été invité à sentir différentes essences (des huiles végétales et autres odeurs nouvelles ou connues). Cette stimulation oblige à connecter des neurones qu’on utilise pas souvent, ce petit rappel à l’ordre olfactif joue le rôle d’un échauffement pour le cerveau.

L’hypnotiseur a alors tout le loisir de communiquer via l’ouïe, et il occupe ce canal entièrement. Concentré sur une voix mélodieuse et douce, votre pensée se berce, tel un landau. Elle fait des va-et-vient psychologiques, slalome entre les idées, et escalade des murs que vous pensiez infranchissables. Concrètement, vous jouez avec vos sens, et concentré uniquement sur vous-même, votre cerveau, dans un bain de bonnes hormones, se promène dans l’océan des idées possibles en chopant un peu tout ce qui passe.

Avec le recul, c’est là que je m’aperçois que c’est une expérience quotidienne. Finalement, le corps exprime comme un besoin naturel le fait de se mettre volontairement dans cet état plusieurs fois par jour. Déjà, à minima, pour s’endormir : chacun a fait l’expérience d’un rêve qui démarre un peu trop rapidement, alors que vous n’êtes pas tout à fait endormi. La pensée s’égare et on a généralement le sentiment de perdre lentement le contrôle de ce flot continu. Dans le cas d’une séance d’hypnose, la pensée s’égare mais on est loin de perdre le contrôle, à moins de se concentrer sur le sommeil, naturellement…

Il y a une autre expérience quotidienne à laquelle tout le monde a été confrontée, sans se rendre compte que c’était un état d’hypnose : lorsque vous marchez, pendant de longues minutes, seul, ou au volant de votre voiture. Vous vous êtes déjà sans doute surpris après un certain temps, vous vous rendez compte que vous avez suivi votre route quotidienne, mais sans vraiment faire de choix. Concentré sur le fil de votre pensée, vous avez avancé en évitant les obstacles, mais vous n’avez pas prêté la moindre attention à ce qui se passait autours de vous.

On peut finalement parler d’auto-hypnose. Mais en réalité, il ne s’agit que d’une histoire d’attention et de concentration.

Mais aussi une histoire d’attention

La séance dure une vingtaine de minutes, pendant laquelle je n’ai porté mon attention que sur le fil de ma pensée. Et loin de vouloir le contrôler comme on le fait quotidiennement (vous savez, cette petite voix dans la tête à qui vous parler en permanence ?), je l’ai laissé se faire guider doucement vers des territoires inconnus, sans pour autant sortir de ma zone de confort.

Car l’hypnotiseur parle, mais personne n’a démontré qu’il contrôle son patient ; en réalité il s’agit bien du contraire, il ne fait qu’influencer. Cela peut être une part inconsciente du cerveau, où une partie que la personne refoule et tente de faire disparaître, mais en aucun cas l’esprit se fait contrôler. Seulement, comme ce sont des pensées inhabituelles et nouvelles qui peuvent s’exprimer, chacun a libre court pour devenir une autre personne : se doter de capacités physiques inhabituelles comme faire la planche, supporter le ridicule devant une foule, guérir d’une maladie mentale, et le plus fort de tous : oublier volontairement ce qui est vécu (autrement dit, ne pas faire marcher la mémoire à long terme).

La première étape pour avancer psychiquement, c’est toujours d’en avoir envi. Et c’est donc là qu’intervient l’attention. Cela explique pourquoi j’étais réfractaire à l’hypnose : tant que cette voix braillait dans ma tête « c’est ridicule, tu ne peux pas te faire avoir » ou « soit vigilant, il cherche à provoquer cette réaction, et ça prendra pas avec moi », je ne pouvais pas réaliser les exercices demandés. Finalement, ce n’est qu’une question de choix.

Mais c’est naturellement plus compliqué qu’une simple histoire de volonté, il faut pouvoir se concentrer également. Et c’est là que l’hypnose peut intervenir en tant qu’outil thérapeutique, mais on peut aussi le considérer comme l’expression d’un besoin naturel et fondamental. Et cela demande de l’entrainement, qu’un adulte aura plus de facilité à réaliser qu’un enfant.

La comparaison est houleuse, mais on peut voir l’hypnose comme le sport du cerveau.

Apprendre à contrôler son cerveau

Le cerveau est un outil puissant, et l’humain a la capacité de prendre conscience de ses expériences. Mais l’outil a ses faiblesses, et le contrôler demande de l’entrainement et de la volonté.

La première des difficultés est d’être capable de moduler ses propres émotions, et ses sensations. C’est un apprentissage que tout animal (dont je n’exclue pas l’humain) doit réaliser pour correctement s’adapter son environnement, et cela demande de l’entrainement. Concrètement, il s’agit de vivre des expériences, de ressentir les bons côtés de la vie comme les mauvais, et de moduler ses réactions peu à peu par rapport au monde extérieur. C’est sur ce volet que l’hypnose va pouvoir agir, et pas qu’un peu. Cela justifie son usage thérapeutique.

Finalement, le cerveau est un organe comme un autre. Il lui arrive de s’enrayer, et cela se manifeste par des déséquilibres, de toutes sortes. Or, autant les animaux sont généralement au service de leur cerveau, autant l’humain est capable de jouer avec de façon parfois étrange. Testant ses limites, comme on le constate avec des tendances addictives nombreuses et variées, il va parfois trop loin : c’est justement le piège de l’addiction.

Apprendre à le contrôler apporte un grand nombre de bienfaits. On se sent moins soumis à son environnement, les « coups du sort » et autres coups de blues nous affectent moins. On contrôle mieux ses addictions, et rien de tel pour les contrôler que de savoir y céder avec parcimonie et équilibre (toujours ce mot…). C’est ce pourquoi un grand nombre de thérapie contre les drogues prescrivent des alternatives plus douces pour exprimer le besoin du cerveau de se faire plaisir. Et non content de traiter les conséquences de l’addiction en la diminuant, elle traite également la cause de l’addiction, en fournissant à l’esprit de quoi s’occuper sainement à la place de la tambouille de problèmes quotidiens.

L’hypnose permet de s’entrainer à diriger son esprit. Elle permet d’évoluer dans sa vision de soi, en s’ouvrant à de nouvelles pensées et de nouvelles idées. Elle permet de se dépasser, dans l’imaginaire et le virtuel, pour mieux le mettre en pratique dans le quotidien, de manière plus ou moins consciente. C’est comme si on se reprogrammait volontairement.

L’hypnose, une reprogrammation de l’esprit

Le fait que je découvre l’hypnose comme autre chose qu’un tour de passe-passe est déjà une petite évolution en soi. Mais mes connaissances en médecine, et en particulier médecine du comportement, viennent de se prendre une volée avec ce chapitre totalement ignorée et décolorée de la médecine humaine. Heureusement que l’époque moderne voit des murs comme celui-ci se briser, et bien-sûr, cela ne vient pas sans travers, à savoir toutes les déviances para-physico-méta -quantiques facilement imaginables sur ce chapitre.

Mais le plus formidable apprentissage que j’ai pu réaliser m’a fait le même effet que la découverte du C du logo de carrefour : y’a un avant, et un après (et désolé si vous ne le saviez pas pour le logo, j’ajoute que vous allez avoir un choc si vous creusez le sujet). Ce que j’ai trouvé incroyable, c’est de retrouver l’hypnose dans mon quotidien, et de faire le lien avec la méditation et le besoin fondamentale de soigner son cerveau aussi bien que son corps.

Comme quoi, ce n’est pas ce que nous sommes qui détermine nos actes, ce sont nos actes qui déterminent ce que nous croyons que nous sommes. Merci à Catherine de m’avoir permis de réaliser cette expérience, et d’évoluer, car j’espère de tout cœur pouvoir contaminer d’autres esprits à mon tour et leur partager les bienfaits de cette technique méconnue.

Doc Dobi

Lien vers le site de la praticienne
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