Minecraft, ou l’OpenWorld : un univers virtuel ?

Il va bien falloir évoquer le cas de Minecraft un jour…

Non, pas seulement pour les centaines d’heures que j’ai du y passer. Des heures à me faire plaisir, il faut bien reconnaître que ce jeu offre une expérience unique. Il faut passer les graphismes « rétro », mais chaque joueur peut configurer le jeu à loisir (les « mods » et les « texture packs »), ce qui rend l’excuse du graphisme caduc

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Bon, il faut admettre, c’est un peu carré, par endroit.

Minecraft est un jeu Open-World, c’est à dire que le joueur évolue plus ou moins librement selon les règles du jeu dans un monde généré aléatoirement, et peut intervenir à loisir dans ce monde pour le modifier. Pour comprendre un peu l’univers qu’est Minecraft, commençons par nous intéresser à code, qui est en Open Source, donc accessible à tous !

Une matrice de blocs

Imaginez un monde où chaque unité, le mètre, est représenté par un cube. Ce bloc peut avoir plusieurs propriété : terre, pierre, minerais, eau, végétations, air… Le jeu est capable de générer aléatoirement un nombre infinis de mondes, ayant chacun une structure globale comparable au notre : des paysages avec montagnes, forêt, océan, et même des entités (animaux ou monstres). L’une des caractéristiques essentiels du jeu est que le joueur peut pratiquement modifier chaque bloc. Il peut donc modifier et créer à sa guise des structures artistiques ou des systèmes complexes, ou bien évoluer dans le monde en utilisant les paramètre « physiques » pré-établis du jeu (le mode « survie »).

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Une vue en coupe du monde de Minecraft, avec ses galeries souterraines

Ce monde est défini par un centre, et 3 axes (x,y et z) qui représente l’axe Nord-Sud, l’axe Est-Ouest (qu’on devine facilement en regardant la rotation du Soleil ou de la Lune, qui dans se monde, alterne sur le même axe), et l’axe z, qui est le plus simple : c’est la hauteur du monde, et il fait 256 bloc, du ciel jusqu’à la base, la Bedrock (une couche de blocs incassable en mode survie). Les axes x et y sont par contre plus grand. Beaucoup, beaucoup plus grand : aujourd’hui, une « bordure » virtuelle arrêtera le joueur à partir de 30 millions de blocs, soit 30.000km de rayon. Le monde a donc la forme d’un disque plat immense et extrêmement fin, mais avec sa propre physique interne.

Une physique particulière, et des paysages aléatoires à couper le souffle…

Car ce monde possède sa physique propre : l’unité de temps est le tic, qui correspond à un dixième de seconde. Chaque bloc généré est mis à jour tous les tics, en fonction des évènements adjacents. Par exemple, la luminosité : les blocs peuvent laissez passer la lumière ou non. La gravité est présente également, mais curieusement, elle ne concerne que les entités, les liquides et quelques rares blocs (sables, gravier… très peu en comparaison du nombres de blocs différents). Cela donne l’occasion de voir généré dans le paysage des îles flottantes, où d’autres formes de paysages insolites et improbables.

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L’une des nombreuses structures aléatoires générées par le moteur de jeu : les îles flottantes.

Mais cette physique a été choisie volontairement par les développeurs. Il existe des mods qui rendent plus réalistes cet aspect du jeu, mais il existe surtout aujourd’hui d’autres jeux open-world qui sont plus réalistes par rapport à notre monde.

Il n’y a pas vraiment de but dans le jeu. Chaque joueur peut modifier les règles et se donner des objectifs propres, ce qui rend sa durée de vie considérable. Mais le point fort du jeu réside dans son aspect multijoueur : il faut voir la quantité de mini-jeux de coopération ou de compétition qui sont réalisables. Probablement une infinité… Je vous invite à regarder des parties de Hunger Game (ou Battle Royal, pour les puristes), voir à en jouer, comprendre comment gagner ce type de partie est parfois plus intelligent et éducatif que le mot « jeu » ne laisse à penser…

Et je ne parle pas de la Redstone : ce bloc particulier permet de créer des circuits logiques et des systèmes dans le jeu, dont la complexité n’a de limite que par la patience des joueurs qui s’y attellent !

Ce n’est pas cet aspect là qui est le plus fascinant, encore. Le monde virtuel est généré à l’aide de coordonnées, attribuée à chaque bloc dans un disque immense : un ordinateur lambda ne pourrait jamais tout calculer en même temps, il y a trop de blocs ! Le parti pris est donc de générer le monde virtuel à partir d’une suite de caractères aléatoires (ou choisis par le joueur) à sa création, le « seed »,ou « graine ». Chaque monde a donc un « seed » qui lui ait propre. Ce petit code permet ensuite de générer le monde au fur et à mesure que le joueur l’explore, autours de lui. Il est naturellement possible de paramétrer des zones qui restent actives en permanence, comme c’est le cas sur les serveurs multijoueurs, mais plus la zone est grande, plus cela demande des ressources au serveur !

Les Far Lands : une histoire de virgule, mais qui perplexe !

Que ce passe t’il quand le joueur tente d’aller vers le bord du monde ? Aujourd’hui, une barrière l’en empêcherai, mais dans les premières versions du jeu (ré-installables en un clic par l’interface du jeu, pour les nostalgiques), il était théoriquement possible d’aller assez loin, sans que le jeu ne craque. Mais la physique du monde prenait, à une certaine limite, un comportement étrange : les Far Lands.

En effet, la position et la nature des blocs étant définies par des coordonnées, à partir de nombre extrêmement grand sur x et y (de l’ordre de la dizaine de milliard), le moteur de génération du monde virtuel commence à avoir des comportements étranges. Si le joueur se téléporte (faire le chemin à pied prendrais des mois) près de ces coordonnées, il va observer une sorte de mur impossible !

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Devant les Far Lands… je ne peux m’empêcher de repenser à la description du bord du monde de Narnia, dans le premier tome : une falaise qui monte vers le ciel…
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Un schéma des Far Lands

Derrière ce mur, les lois de la physique du jeu changent : les blocs se déplacent, les règles liés à l’altitude n’ont plus sens, le temps se ralentit… et suivant la puissance de l’ordinateur, vous pouvez poussez l’exploration encore plus loin et voir des bugs se générer au fur et à mesure…

Voilà ce qui m’a fasciné quand j’ai découvert ce jeu : on se demande aujourd’hui encore si notre monde est le fruit d’un univers virtuel ou non. Pas évident à vérifier « in situ », et les premières estimations ne disent ni oui, ni non ! (oui, des physiciens ont réellement étudié cette question). Pour autant que je m’y connaisse en physique quantique et en cosmologie, il y a effectivement des analogies troublantes.

1 : les Fars Lands, cette barrière de bloc à 13 milliards de blocs du centre, avec une physique improbable au-delà, me rappelle ce que les physiciens observent à la limite de ce qu’on appelle aujourd’hui l’univers visible (à savoir, un bouillon de lumière et une physique qui, comme les trous noirs, nous résiste encore). On sait que la cosmologie se limite au fait qu’on regarde à la fois dans l’espace et dans le temps, donc que ce qu’on observe à grande distance peut être déformé et biaisé par rapport à la réalité.

2 : chaque bloc, comme chaque particule, est défini par ses coordonnées dans l’espace, et ses propriétés intrinsèques (la nature, la couleur ou l’orientation du bloc). Cela ressemble à ce qui définit la matière au niveau élémentaire, comme le type de particule, sa charge et sa vitesse. L’univers de minecraft est d’une infime simplicité par rapport à ce qu’on suppose de la complexité de notre monde : l’analogie est grossière, j’en conviens. Mais les simulateurs des laboratoires de cosmologie travaillent déjà à simuler des systèmes solaires, avec nos capacités de calcul encore très limitées ! On est donc bien capable de simuler la matière et les lois physiques, ce n’est qu’une question de puissance de calculs et de connaissances des lois.

3 : réfléchissez à des théories comme le Big Bang et l’Inflation : cela correspond à la génération du monde par le joueur au départ. Un peu comme un hologramme 3D qui s’enclenche d’un coup pour simuler notre univers.

4 : autre théorie de physique quantique, cette fois : le fameux principe d’incertitude. C’est la théorie qui exprime le fait qu’un observateur influence l’objet observé, ou autrement dit que le monde ne se créer que quand on l’observe : cela ressemble au fait qu’il n’est pas possible de calculer l’univers entier, donc on ne « génère » que les blocs dont on a besoin pour les « joueurs »…

Matrix – ou quand le virtuel devient réalité

C’est le pouvoir extraordinaire de ce jeu. Les théories évoquées plus hauts sont des analogies qui n’ont rien de scientifique, cela ne prouve absolument rien. Qu’on soit clair : je fais des comparaisons amusantes, mais il ne faut pas en conclure quoique ce soit sur la nature de notre univers. Mais quelque soit sa structure, ce qui est sûr, c’est que se plonger dans Minecraft, c’est réaliser une mise en abîme et un prototype d’expérience à la Matrix.

Car une fois plongé dans le décors, captivé par la richesse et la diversité des paysages, vous vous laissez surprendre par des monstres, où vous perdez simplement la notion du temps. Les émotions que vous ressentez en évoluant dans le jeu ne sont en rien différentes des émotions réelles : peur, joie, colère, tristesse…

Pour peu que vous ajoutiez la vision 3D à l’expérience, et l’immersion est spectaculaire. L’idée n’est donc pas de simuler le monde de réel, mais de faire en sorte que le joueur oublie qu’il est dans un monde virtuel. Et pour le coup, le pari est plus que réussi.

Essayez donc Minecraft, et revenez me voir après avoir rencontré un Creeper : cette créature mythique de minecraft, issue au départ d’un bug de skin lors de la création des cochons, est devenu le symbole du jeu, tout en ayant un pouvoir assez étrange sur notre taux d’adrénaline (elle a un caractère… explosif… je dirais).

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Bonjour, je ne suis pas ton ami.

On est donc encore loin de Matrix et autres histoires de réalité virtuelle, mais les bases sont là. Minecraft existe déjà depuis quelques années, et les jeux Open World, définis par cette nature chaotique, aléatoire, et pratiquement infinie, ont encore de belles années devant eux pour nous surprendre.

Personnellement, et comme plus d’un million de francophone, j’ai découvert le jeu par le biais de youtubeurs : d’abord le célèbre couple Fanta et Bob, puis l’ingénieur Aypierre, qui a réalisé plusieurs séries sur les systèmes logiques réalisables avec la redstone. Croyez moi, si votre enfant a l’esprit matheux, laissez le s’éclater sur Minecraft, il prendra de l’avance sur ses cours de maths !

Minecraft est donc une expérience unique, inédite, tant sur le développement (un seul développeur a conçu le jeu à l’aide de la diffusion libre et open-source du code) que sur l’univers créé : les minecraft-like ne manquent pas d’apparaître depuis la sortie du jeu. Plus de 50 millions de joueurs ont été convertis, des enfants aux adultes : chacun y trouve sa manière de se faire plaisir. Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il n’est plus possible de nier l’intérêt, sous bien des formes, que peut avoir un tel jeu. Est-ce seulement un jeu ? Il est clair que non : Minecraft est une véritable œuvre.

Doc Dobi

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