Pourquoi notre COMPORTEMENT nous INTRIGUE, malgré les bêtises qu’on raconte à ce sujet

Bon, il est temps que je prêche pour ma paroisse. Non pas que l’envi me prend, comme la vérole sur le bas-clergé, mais il s’avère que c’est nécessaire. La science va mal. Et je procrastine depuis trop longtemps.

Je vais vous raconter une histoire. Ma version de l’histoire. Et je préviens, elle n’est pas joyeuse. Je dirai plutôt… pathétique ; dans le registre des comtes, ce serait un magnifique drame. J’ai du mal à en parler publiquement, car je me sens concerné, et peu objectif. Malgré ça, une part de ce qui fait mon identité et mon éthique ne peut l’éviter : je vais jouer le jeu, et vous parler directement de comportement.

Il était une fois, l’éthologie

Il était une fois, dans le petit monde des scientifiques, une branche de la science qui apparu, comme une jeune pousse sur la branche d’un arbre. Le temps passa, et la pousse devient branche elle-même, puis arbre… C’est l’histoire de l’étude du comportement, l’éthologie.

Ethologie.png

Depuis des siècles maintenant, cet arbre grandit, et de nombreuses branchent se déploient, se couvrant de feuilles. Difficile pour un cerveau humain, de nos jours, d’accéder à l’ensemble des études qui ont été menées, au cours de notre histoire, sur notre propre comportement ! D’où l’explosion des disciplines, qui organise notre pensée afin simplement d’y voir plus clair dans la masse de données.
Je sais, en voyant ce schéma, c’est pas tout à fait ce qu’on se dit en premier.

Pourtant, les auteurs ne manquent pas. La compréhension de nos déboires et de nos contradictions nous intéresse probablement depuis que l’âme humaine a pris conscience de son existence ; et bien des pages ont été remplies à ce sujet.

Organisés autours de cette méthode qu’est la science, les chercheurs ont alors tenté de démêler les croyances de la réalité, les opinions des faits. A partir de rien, ils ont posé les bases d’un savoir commun : vocabulaire, définitions, observations… le premier travail du scientifique n’est pas de comprendre, mais de percevoir, et consigner.

Ethologie auteurs
Que l’un de mes Maîtres me pardonne, je lui vole son travail… mais selon moi, cette diapo vaut de l’or : voici tous les auteurs ayant un tant soit peu d’objectivité scientifique, présentés par l’une des personnes les plus humbles que je connaisse dans notre domaine, B. Deputte.

 » […] le lion est très méchant quand il est en train de manger, mais s’il n’a pas faim
ou s’il a fini de manger, il est très doux […] Il existe deux variétés de lions : l’une qui
est plus arrondie, avec la crinière plus crépue, […] ; l’autre, plus allongée, avec des
poils plus raides […]. Ils fuient parfois la queue tendue comme les chiens. On a déjà
vu un lion, sur le point de se jeter sur un simple cochon et le voyant faire front les
poils hérissés, prendre la fuite ».
Aristote, Histoire des animaux II Livre IX. 44. pp.200-201.

L’histoire d’une divergence, puis d’une convergence

Là où l’histoire commence réellement, c’est seulement il y a quelques décennies, lors de l’apparition des bases de données, et des outils statistiques pour les lire et les comprendre. Les nouvelles technologies ont clairement permis un bond en avant dans l’accumulation de savoir, car l’étude du comportement souffre d’un dilemme cruel : l’observateur agit sur son environnement. Combien de mythes il est possible de déconstruire, et combien notre égo peut prendre une douche froide lorsque la technologie nous confronte à la réalité qu’on ignore. Ce que nous avons perdu en égo, nous l’avons gagné en objectivité scientifique.

Pourtant, l’objectivité que pourrait apporter ces outils nous renvoie trop souvent à nos démons. Par exemple, de la question, « la place de l’Homme dans le règne Animal ? », nous pouvons maintenant débattre pendant des heures sur des réseaux numériques, à l’aide de bibliothèques entières consacrées à ce sujet, et qui tiennent dans la poche. Pourtant, les consensus ont du mal à se dessiner. Notre égo vient aussi bloquer notre attention, nous rendant sourds à certaines révélations, et les communautés se confortent dans leurs croyances en refusant d’admettre d’éventuelles erreurs.

Ce phénomène s’est amplifié depuis l’avènement même de ces technologies, dont je faisais pourtant l’éloge à l’instant. Comme n’importe quel outil, la puissance que cela confère donne autant des merveilles que des cauchemars. Dans le cas de la science, le cauchemar dure encore : nous vivons dans un monde où la recherche se vend, et par conséquent, le chercheur se voit imposer un impératif de production qui vient grandement biaiser sa manière de travailler.

D’où l’émergence de catégories qui n’ont pas lieu d’être : pourquoi devraient-ont séparer l’étude du comportement humain, de celui des animaux, si les humains ne sont qu’un sous-ensemble de la catégorie animaux ? La méthode d’étude à appliquer sur les animaux devraient marcher sur les humains, et les données et savoirs issus de l’éthologie animale sont transposables, dans une certaine mesure naturellement, à notre espèce. Pourtant, l’humain a depuis toujours un mal fou à reconnaître sa part animal, ou à l’inverse, prête son humanité à l’animal. Dans les deux cas, on s’éloigne de l’objectivité scientifique…

Il faut bien comprendre que la séparation du savoir scientifique est une invention humaine pour trier, organiser et se retrouver, mais que dans la réalité, toutes mes disciplines sont liées, et les seuils et limites que nous posons sont des gradients.

De plus, nos connaissances ont mis en évidence récemment (il y a moins d’une génération), un nombre impressionnant de biais cognitifs, dont les chercheurs n’avaient pas conscience. Ils en soupçonnait un certain nombre, notamment les biais de perception et de jugement, c’est pourquoi la méthode scientifique est aussi exigeante. Mais l’étude de populations entières a rendu évidentes nos erreurs, et une grosse mise à jour s’impose aujourd’hui dans le savoir scientifique.

Beaucoup de chercheurs l’affirment aujourd’hui : les prochaines décennies vont voir un phénomène de convergence s’opérer (pour autant que notre civilisation ne s’effondre pas complètement –SMILEY-). Nous verrons sans doute les sciences comme l’éthologie, la neurologie, la psychologie, et la biologie établirent des ponts entre elles, et commencer à se relier. Ce phénomène a déjà commencé, on appelle ça la transdisciplinarité, et ça ne touche pas que les sciences du comportement.

L’esprit critique et l’éducation de la population humaine progressent à grand pas également. Je ne nie pas la tentation des pouvoirs de contrôler l’information et l’éducation, mais je constate de ce que j’ai vécu avant et après l’apparition d’internet qu’ils ont bien du mal !

la vérité sous 2 angles
De la réalité, par rapport à ce que l’on en perçoit, et qui est vrai.

L’esprit critique vaincra

Au final, je vois deux phénomènes s’affronter dans un duel sans merci : d’une part le progrès du savoir et de sa transmission, et d’autre part une déviance et une décadence qui le dégrade, à l’image de ce que subit notre société et notre monde aujourd’hui. Difficile pour le non-scientifique de faire le tri entre les deux, et je comprends quand je j’entends mes proches répéter de grossières erreurs.

Aujourd’hui, j’ai le devoir de vous dire que cette guerre touche le fond du ridicule : quand un lobby commercial vient influencer les conférences scientifiques, ou l’enseignement que j’ai pu recevoir en école, je pleure. Même mes enseignants attestent de cette triste réalité, et n’arrivent pas à lutter contre. Moi-même, je suis devenu journaliste, et je joue également ce jeu dangereux qui consiste à capter l’attention, et chercher l’écoute.

Je garde cependant confiance dans la méthode, car pour autant que notre savoir ne soit pas effacé, il sera toujours possible de faire le tri ultérieurement, en répétant les expériences dès que la société aura retrouver son équilibre et ses valeurs. La recherche retrouvera alors son éthique, et vous arrêterez sans doute d’entendre des horreurs telles que « 8 français sur 10 croient aux théories du complot » (je ne peux pas citer la source, mon chat Albert me griffe chaque fois que le curseur s’approche d’un lien de ce type).

J’ai cet espoir d’autant que bon nombre des gens sont sincères et bienveillants dans leur démarche, et à mesure que l’ancien monde s’effondre sur lui-même, un nouveau apparaît. Et dans ce nouveau monde, l’esprit-critique, l’objectivité, l’humilité et la vergogne sont des vertus qui reviennent.

A mesure que les briques se posent, la maison prend forme, et nos connaissances nous permettrons sans doute de fabriquer un jour un toit solide pour nous protéger… de nous-même !

 

Une histoire que j’ai découverte grâce à Bernard Werber, dans son Encyclopédie du savoir relatif et absolu :

Mais qui a raison ?

Deux moines bouddhistes travaillaient dans un potager quand l’un d’eux retint l’autre, qui s’apprêtait à écraser accidentellement un escargot, puis se baissa, ramassa l’animal et le reposa plus loin dans l’herbe. Regardant son compagnon, il dit : « Nous avons sauvé une vie et à travers elle tout un destin qui doit se poursuivre ». Les bouddhistes croient en la réincarnation et toute vie est pour eux sacrée.

« Fou, imbécile ! » répondit l’autre, « en sauvant cette bestiole tu mets en péril nos salades, tu anéantis le travail de tous les jardiniers. » Et tous deux se disputèrent sous l’œil intrigué d’un troisième moine qui passait par là. Comme les deux premiers n’arrivaient pas à s’entendre, le troisième leur proposa d’en discuter avec le supérieur du monastère, renommé pour sa sagesse, afin de savoir lequel des deux a raison.

Ils se rendirent tous trois chez ce sage. Là, le moine qui sauva l’escargot expliqua son geste, le supérieur répondit : « Tu as fait ce qu’il convenait de faire. Tu as eu raison. » Le second moine, indigné, bondit et exposa à son tour son point de vue. Le sage écouta et dit : « C’est vrai, c’est ce qu’il aurait fallu faire. Tu as raison. »
C’est alors que le troisième moine s’exclama : « Mais Maître, je ne comprends pas, leurs points de vue sont opposés, comment peuvent-ils avoir tous deux raison? » Le supérieur le regarda longuement, réfléchit, et dit : « C’est vrai, toi aussi tu as raison

Dr Dobi

 

 

 

 

 

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